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Un peu de culture ne nuit pas !!!!! photos Icôniques

Publié le par annepaingault

Magnifique  recherche de ce collège:

http://www.college-lamontagne.re/spip/montagne/classeur/3/fr/10/8/activ2.htm

 Merci à eux de me mâcher le travail !

Prenez-en de la graine .

Bon je vais essayer de vous arranger ça !

 

I. Une petite histoire des mots ou comment les mots témoignent de l’évolution idéologique et technologique d’une société

Le terme icône, mot féminin, du grec eikyn, qui signifie image ou ressemblance, est utilisé  à l’origine pour toute image religieuse, quelles qu’en soient la technique (peinture, mosaïque, marbre, ivoire, orfèvrerie, tissu, etc.) et l’échelle. Par l’intermédiaire du russe ikona, il arrive dans la langue française en 1838, pour désigner les peintures religieuses exécutées sur un panneau de bois dans l’église d’Orient.

  

 

Au départ, les icônes ont pour fonction de faire revivre la mémoire d’un saint personnage, de susciter un sentiment de vénération à son égard ou d’instruire les fidèles en leur présentant les grands événements de la Bible.lles seront ensuite utilisées comme objets magiques.

 

 

 

Un culte de plus en plus fervent leur est ensuite porté, on croit à la présence quasi physique de la personne représentée dans l’icône. Du coup, des empereurs iconoclastes des VIIIe et IXe siècles ordonnent la destruction et l’interdiction des icônes (l’Islam orthodoxe les interdit également dans les mosquées).

 Des théologiens  « iconodules » définiront ensuite leur statut : reflet du prototype (personnage représenté) l’icône permet de connaître Dieu par la Beauté.

 

Le terme iconique, du latin iconicus, « fait d’après nature », apparaît en 1765 pour désigner tout ce qui est relatif à l’image ; dans l’expression statue iconique, il sert à indiquer la ressemblance avec les modèles (les vainqueurs grecs aux jeux sacrés).

En 1968, apparaît le terme iconothèque : lieu où sont conservées les collections d’images (gravures, dessins, estampes, photographies, etc.) d’un musée, d’une bibliothèque. Icône est ainsi devenu synonyme d’image.

Le terme icone, mot masculin, de l’anglais icon, désigne à partir de 1970 en sémiologie, un signe qui ressemble à ce qu’il désigne, à son référent. Du coup, l’adjectif iconique prend les sens de « de l’image en général » ou  de « relatif à l’icone »   

Cette signification provient des travaux de Charles Sanders Peirce qui a fondé la sémiologie : il propose de distinguer trois grands types de signes :

 l’icone,

l’indice

et

le symbole.

« L’icone correspond à la classe des signes dont le signifiant entretient une relation d’analogie avec ce qu’il représente, c’est-à-dire avec son référent.

Un dessin figuratif, une photographie, une image de synthèse représentant un arbre ou une maison sont des icones dans la mesure où ils « ressemblent » à un arbre ou une maison. […] Ils reprennent des qualités formelles de leur référent : formes, couleurs, proportions, qui permettent de les reconnaître. 

Enfin, le terme icône ou icone est utilisé par l’informatique depuis l’apparition du Macintosh d’Apple en 1984, sous la définition suivante :

 pictogramme, image stylisée représentant une commande, une fonction ou un message (la gomme pour effacer, la corbeille pour se débarrasser d’un document…). L’icône retrouve là une fonction magique : il ne s’agit plus de  spiritualité mais de puissance technologique.

On peut également trouver des icônes ou signaux visuels (appelés également pictogrammes) sur les cadrans téléphoniques, téléviseurs, radios, magnétophones, lave-vaisselle, trains, aéroports, centres commerciaux, autoroutes : on peut se demander si leur abondance n’est pas le signe d’une société où, l’illettrisme et l’internationalisation se développant, il est nécessaire d’inventer un nouveau langage compréhensible de tous.

  

Rien n’arrêtant le progrès, on parle en 1996 d’ «icône sonore » ( amusant !!!!! belle alliance de mots) à propos d’un signal sonore déclenchée par un logiciel en fonction d’une situation donnée. Etonnant, non ?

 

                                     II. Les photos de presse, icônes du siècle

Un nouveau sens du mot icône est apparu récemment : l’icône, c’est une photographie de presse devenue LA photo, celle qui a une notoriété internationale.

Arte a proposé une série d’émissions, diffusées à partir du 4 mars 1998 et sur deux ans, intitulée les Cent photos du siècle. Elle présente des photos choisies parmi celles qui sont restées en mémoire pour le plus grand nombre. 

 Le dossier de presse la présente ainsi : « Les 100 photos du siècle, c’est d’abord une série télévisée qui raconte l’histoire des cent icônes du XXème siècle, c’est-à-dire les cent photos les plus connues mondialement, au point de symboliser dans la mémoire collective un événement ou une époque. »

Victor Rocaries, directeur des programmes d’Arte, confirme cette idée : « Chacune des photographies proposées, icône des temps modernes, nous renvoie à des événements dont la charge émotionnelle et passionnelle est encore présente. Qu’importe si la complexité du fragment de réalité ainsi capté est absente, l’essentiel est dans la force de symbole de ces images devenues les marqueurs de l’époque. »

Ces photos ont en commun de représenter en général soit des personnes célèbres soit des événements historiques majeurs du moins pour la société occidentale. Elles révèlent l’arrière-plan d’une époque et cristallisent un sens..

Ces photos "constituent comme un album de famille de l’humanité" 

 

 

           III. Pourquoi certaines photos deviennent-elles des icônes ?

  

 1. La fille à la fleur, Marc Riboud

 

 Certaines photos s’incrustent dans notre mémoire. Face à la croyance religieuse dans les images et dans leur puissance magique, il est bon de rappeler que l’image ne révèle pas la réalité mais le point de vue que le photographe a choisi et d’expliciter les processus de production.

 

Quand une photo est publiée dans la presse, mise en page, légendée et entourée de l’article, on a l’impression qu’elle est la seule à pouvoir illustrer l’événement et on oublie qu’elle est à la fois le résultat d’une « invention » du photographe qui l’a prise  et du choix du journaliste qui l’a sélectionnée parmi d’autres pour son esthétique, son effet de réel, les codes culturels qu’elle utilise.



Portrait de Marc Riboud Marc Riboud

Pourquoi la « fille à la fleur » de Marc Riboud en est-elle venue à symboliser la non-violence ?

Le succès de cette photo ayant suscité des interrogations et le reproche  d’avoir été posée (comme le fameux « Baiser de l’hôtel de ville » de Doisneau),

  

  Marc Riboud a publié sa planche-contact. Qu’y voit-on ? Sur trente-six images, vingt-neuf sont des photos de foule qui traitent de l’information du jour : une manifestation contre la guerre du Viêt-nam. A partir de la trentième, le photographe a photographié en la cadrant de plus en plus serrée une jeune fille qui bouge, danse, tend ses bras avant de se figer dans une attitude de prière, la fleur près du visage. « Le monde est une scène de spectacle. Je brandis mon chrysanthème comme un objet vulnérable et sacré. Et je les supplie de ne pas faire la guerre, d’arrêter la folie. » De plus il joue sur la profondeur de champ et il rend le fond flou. Le photographe travaille son cadrage, attend que l’instant soit « décisif » :  Elle aura un succès international car d’une part elle est bien composée, elle est  parfaite formellement, et d’autre part,

 

elle repose sur des conventions socioculturelles universellement comprises et enfin parce qu’elle utilise une figure de rhétorique efficace.

 « Ce qui fit évidemment la force et le succès de cette photo, c’est sa forte charge symbolique étayée par une antithèse visuelle puissante qui oppose de part et d’autre du cadre, dans un face-à-face point par point contradictoire, le profil de la jeune fille et les silhouettes uniformiséesdes soldats, la fleur et les fusils, la prière calme et décidée   et l’agressivité inutile, le clair et le sombre.»

Voici quelques années, la photographie d’un jeune chinois arrêtant une colonne de char symbolisa de même manière le pacifisme des révoltés de Tiananmen.

  On retrouve là la scénographie élémentaire du bon contre les méchants, de l’individu désarmée face à  force multiple. D’ailleurs trois photographes d’agence et  un caméraman d’une chaîne de télévision ont  produit la même image.

  

 

            2. La petite fille nue fuyant un bombardement, Nick Ut

 

 Au temps de la guerre du Vietnam, la presse était encore reine et une autre icône a été produite : la photographie de la petite fille nue qui hurle de douleur parce qu’elle vient d’être bombardée au napalm est devenue le symbole des horreurs de la guerre. Elle a eu un impact considérable sur l’opinion américaine. Il est bon de revenir sur les conditions de sa réalisation et de sa publication. Si l’on regarde le négatif, on remarque sur la droite un personnage casqué qui ne semble pas concerné par la scène. Il dira d’ailleurs qu’il n’avait pas réalisé  tout de suite ce qu’il se passait. Il s’agit du photographe David Burnett, qui travaille pour Life. Il est occupé à recharger son appareil photo et ne pourra donc faire que des images de la scène vue de dos. Du coup, le ciel du fond n’est plus envahi par les fumées et annonce un espace plus ouvert, un refuge possible.

 Un photographe de guerre prend donc des photos dans l’instant, dans l’urgence, peut donc rater à une seconde près le bon moment ou le bon angle pour un problème technique, ou ne pas prendre la bonne photo parce qu’il n’est pas assez près, comme disait Capa.

La photographie de Nick Ut sera publiée recadrée, amputée de sa partie droite, ce qui permet de concentrer le regard sur la frayeur des enfants. Ils semblent venir vers nous, nous prendre à témoin. Cette photo suscite en nous une forte émotion car elle a une grande charge symbolique : l’enfant nue, c’est l’innocence meurtrie, une vraie métaphore de la douleur.

Cet exemple nous montre qu’une photo, ce n’est pas la réalité, mais une portion de la réalité découpée par un objectif et vue par le regard d’un photographe. Il existe toujours un hors-champ à la photo, c’est peut-être ce qui est à droite ou à gauche qui contient le plus de sens.

 

                        3. La madone de Bentahla, Hocine

 

Journaliste de terrain Hocine travaille pour l’AFP. Le lendemain du massacre de Bentahla, le 23 septembre 1997, il cherche des victimes dans les hôpitaux, on l’en empêche, il prend alors trois photos d’une femme en proie à une violente douleur. Il cache sa pellicule dans son sac. Il l’envoie ensuite, sans conviction, à l’AFP. Il découvre avec stupéfaction le lendemain que son cliché a été publié à la une par des centaines de quotidiens (Rappelons qu’en tant que salarié il n’est pas rétribué en fonction de l’importance des ventes de ses images), sous le titre de « une » ou « la Madone ».

Il obtient par la suite beaucoup de prix dont le fameux World Press. Mais sa photo dérange et suscite des polémiques : des confrères jaloux disent que c’est une photo truquée, la femme photographiée, manipulée par un journal progouvernemental,  porte plainte en diffamation dix mois après…

Pour quelles raisons  cette photo est-elle devenue « un de ces exemples rares où la réalité individuelle, le symbole collectif et l’imaginaire se conjuguent pour, autour d’un cliché devenu exemplaire, cristalliser l’essence d’une situation historique et suggérer un au-delà de l’événement ? »

                          Tout d’abord pour des raisons esthétiques :

 

- La femme photographiée présente tous les signes d’une profonde souffrance : tête penchée, bouche ouverte, yeux mi-clos, regard vide tandis que celle qui la réconforte avec le bras autour de l’épaule et la  main sur la poitrine adopte une attitude correspondant à des codes gestuels et proxémiques universels.

- Son apparence, ses habits avec le voile attribut de la vierge et le bleu couleur mariale de la consolatrice, renvoient pour les Occidentaux à la Palestine des Evangiles.

- Si l’on considère avec Alain Joannès que l’iconicité c’est « l’aptitude d’une chose vue à pouvoir être transposée dans toutes les modalités de la représentation visuelle : gravure, dessin, peinture, photographie, cinéma, vidéo mais aussi sculpture ou bas-relief », on constate que la lumière modèle le visage à la blancheur de marbre de la femme et matérialise chaque pli des vêtements comme dans une sculpture et que la composition s’équilibre parfaitement entre deux taches sombres (ombre et robe de la consolatrice) et deux taches claires (mur et robe de la femme)  comme dans une peinture.

 

- Cette image fait penser à toute une série d’œuvres inscrites dans la mémoire culturelle occidentale : c’est un palimpseste des Pietà

 

celle de Miche Ange

Elle fait aussi partie des photos reproduisant les archétypes de la femme et l’enfant souffrant 

 On universalise la définition du « bien » à l’aide d’images qui sont des résumés métaphoriques dans un processus de propagande.

Mais aussi pour des raisons journalistiques :

- Il n’y avait pas de photographe étranger en Algérie, peu de photos sortaient de ce pays.

La photo a circulé sous une fausse légende : non seulement elle n’a pas été prise à Bentahla mais la femme qui hurle ne vient pas de perdre ses huit enfants mais son frère, sa belle-sœur et sa nièce. Cette imprécision a permis que cette mère devienne « la »mère, que sa douleur devienne universelle, et que cette femme  soit à nos yeux une allégorie de l’Algérie souffrante. Cette légende sera tenace, l’Express du 25/12/97 ne la rectifie toujours pas. Preuve que l’image n’a du sens que parce qu‘elle est « accompagnée »et que l’icône ne signifie que ce qu’on cherche à lui faire signifier.

  

        4. Une icône fabriquée : la poignée de main Arafat-Rabin

Le 14 septembre 1994 tous les quotidiens publient à la une la photo de la poignée de main d’Arafat et de Rabin, suite à la signature des accords de paix d’Oslo. Cette photo cumule des aspects religieux et culturels : une voûte en arrière-champ, au centre, tel un Christ rédempteur un président américain au sourire bienveillant et aux bras protecteurs accueille dans son giron deux pêcheurs,une figure de rhétorique : l’opposition entre des ennemis, l’un radieux, l’autre au sourire crispé, un symbole à la fois stéréotypé et efficace : la poignée de main, qui signifie rencontre et accord. Pas d’instantanéité dans ce cas, pas de long travail d’approche du photographe, mais une mise en scène programmée pour des photographes obligés par leur position de cadrer Clinton comme il avait choisi de l’être. Comme beaucoup d’autres icônes, elle est rentrée dans le domaine public comme des œuvres d’art que l’on commente ou que l’on détourne . 

 

En guise de conclusion

Il est plus facile à la mémoire de se fixer à partir d’une image forte, immobile, qui résume l’événement qu’à partir d’une succession d’images mouvantes.

 Contrairement au flot d’images que nous impose la télévision, le regard qu’a porté chaque photographe sur la réalité a donc permis de rendre certaines photos accessibles à tous et de les inscrire dans notre mémoire. Ce sont des concentrés de significations qui contiennent l’humanité de l’instant en remettant l’homme au centre des événements. Elles arrivent à résumer un événement par le poids d’émotion dont elles peuvent se charger. Les photographies de presse qui demeurent retrouvent plus ou moins consciemment des archétypes universels comme ceux de la compassion ou de la révolte et elles sont efficaces parce qu’elles s’inscrivent dans la tradition iconographique et les codes symboliques du monde occidental. Elles résument une situation ou plutôt souvent un symbole.

Sebastiao Salgado pense, lui, que la photographie est un langage universel :

«  La photographie permet de saisir les segments les plus intenses d’un événement, de dégager les points de force. Pendant longtemps, on a cherché une langue internationale, avec l’espéranto. Finalement, je crois que le langage universel, c’est l’image ! Ce que l’on écrit en images en Côte d’Ivoire, on peut le lire au Japon, en Chine ou au Brésil sans qu’il y ait besoin de traductions.»

Vous pouvez aller consulter la bibliographie très riche de ce site.

 

Un peu de culture ne nuit pas !!!!!  photos Icôniques

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