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POURQUOI MOS ENFANTS SORTENT-ILS DE L'ECOLE IGNORANTS ?

Publié le par annepaingault

  ignorants ? de Patrick Moreau (Québec, 2008, éd. Boréal)

« Patrick Moreau est professeur de littérature dans un cégép de Montréal. A force de faire face à l'ignorance et l'inculture de ses élèves, il s'est décidé à livrer un point de vue révolté sur un système éducatif à la dérive, incapable d'apprendre quoi que ce soit aux enfants, si tant est qu'il en ait encore envie.

La désagrégation de l'apprentissage commence par l'orthographe, - il donne de multiples exemples de la façon dont les élèves la maltraite -, et la pratique orale du français, malmené par les enseignants eux-mêmes, coupables d'un "je-m'en-foutisme" dangereux. Arguant que la dysorthographie repose souvent sur une incompréhension même de ce qu'on veut écrire (quand on écrit "se rendre contre", au lieu de "se rendre compte" par exemple), il y voit une incapacité des élèves à comprendre ce qu'on leur enseigne, ou du moins d'en rendre .compte , d'argumenter et d'analyser un sujet.

Le manque d'enseignement précis en histoire et géographie, par exemple, ajoute encore à la confusion de cette éducation où aucun objectif clair n'est fixé par le ministère pour passer au niveau d'étude supérieur : pour nombre des élèves de Moreau, Flaubert écrit "en ancien français", Sissi et un personnage du Moyen-Âge et révolution tranquille et révolution française sont mal différenciées.

Laissés dans le flou de connaissances enseignées de façon trop superficielles, d'une "culture commune" rejetée au profit de ce qui est directement utile (la maîtrise des nouvelles technologies, qui serait plus importante que l'étude de textes littéraires prétendument d'un autre âge), les enfants sont ainsi dans l'incapacité de réfléchir sur leur époque, et a fortiori, de participer, plus tard, à la vie de la démocratie, dont les enjeux échapperont à leur insuffisances.

Patrick Moreau accuse aussi le système de ne s'intéresser qu'aux "élèves-en-difficulté", sans chercher à valoriser les meilleurs, et pire, de ne plus vouloir noter les élèves par peur de porter atteinte à leur estime de soi ! Ce qui provoque, inévitablement, un nivellement par le bas. Reconnaissant que lui-même participe à ce système en relevant les notes de ses élèves pour éviter qu'une partie d'entre eux ne soient complètement noyés, Patrick Moreau s'attaque aussi aux sciences de l'éducation, qui forment les futurs enseignants à leur rôle de prof alors qu'ils n'ont parfois pas le niveau requis dans la matière qu'ils sont sur le point d'enseigner.

Discours souvent répété en France, celui de la dérive du système éducatif reprend dans cet ouvrage les arguments habituellement martelés dans d'autres livres. Dans la multitude d'ouvrages publiés sur le sujet, on pense surtout à celui de Jean-Paul Brighelli, La fabrique du crétin : la mort programmée de l'école, qui avait connu un grand succès en France, en 2006. On n'apprend donc rien de nouveau, si ce n'est que le constat d'échec, au Québec, est le même qu'en France. A moins que la vision de Moreau, Français installé à Montréal depuis 1994, ne soit teintée par celle de son pays d'origine.

Ce pamphlet est écrit dans une belle langue que son auteur aimerait sans doute voir ses élèves pratiquer. Mais son constat s'achève sur une note pessimiste : Patrick Moreau ne se fait guère d'illusions sur la possibilité de grandes améliorations du système .»
                    

                ça se discute !

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