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DADA MASILO... BIENNALE DE LA DANSE 2012

Publié le par annepaingault

 

 

 Dada Masilo, ballerine d'ébène

 

 

Par Ariane Bavelier Publié le 20/09/2012  dans le Figaro  Culture

Une relecture drôle et iconoclaste du Lac des cygnes qui permet de s'interroger sur le ballet classique, enfermé dans ses conventions. Crédits photo : John Hogg/Biennale de la Danse de Lyon/John Hogg/Biennale de la Danse de Lyon

 

                          Dada Masilo présente un Swan Lake sud-africain.

 

"Quatorze cygnes, hommes et femmes pieds nus et en tutus, roulent des fesses dos au public. Ainsi commence Swan Lake de Dada Masilo, chorégraphe sud-africaine de 27 ans, qui a présenté pour la première fois à la Comédie de Valence lundi soir sa relecture drôlement iconoclaste du Lac des cygnes. Pour la jeune femme, sortie de Parts, l'école d'Anne Teresa De Keersmaeker à Bruxelles, écrire un Lac et s'y offrir le premier rôle tient de la revanche. Élevée en Afrique du Sud, elle a longtemps rêvé à Odette-Odile et à sa nuée d'oiseaux blancs. C'est même pour les rejoindre qu'elle a voulu enfant consacrer sa vie à la danse. En vain: Dada Masilo est une ballerine d'ébène.

Sa version, taillée sur mesure, lui permet de s'interroger sur le ballet classique, enfermé dans ses conventions comme dans une bulle de verre. Qu'y lisent les novices qui y assistent pour la première fois? Un danseur comédien offre en guise de prologue un texte hilarant sur cette expérience: «Tous les ballets que nous avons pu voir pourraient se résumer dans un unique ballet dont le titre générique serait: Filles en tutus au clair de Lune».

Justesse du ton

Filant cette réflexion, Dada Masilo se pose la question de la différence, au centre de cette partition de Tchaïkovski.  Son Siegfried doit épouser le cygne blanc pour obéir à ses parents et à la société entière. Il promet sans enthousiasme. Le cygne noir paraît qui, lui, le subjugue pour de bon: c'est un garçon, d'ailleurs irrésistible dans un simulacre de la Mort du cygne, empruntée à Fokine et Saint-Saëns.

La réussite de cette version tient à la justesse du ton et de l'écriture. Dada Masilo ne cherche pas à caricaturer le ballet classique ou les protagonistes du Lac. Elle offre cette matière aux danseurs de la Dance Factory de Johannesburg qui la transmuent: ils sont familiers des grandes fêtes et des rythmes zoulous, et bouillants d'énergie. Les pieds nus frappent le sol comme dans le gumboot, les hanches tournent, on crie des youyous pour rythmer la danse, les ensembles alternent avec les solos, dessinant la solitude de l'individu face à la société. Les bras ondulent pour séduire et s'emparent des figures de la pantomime du Lac pour en écrire la morale. En une heure, on rit beaucoup, on pleure aussi: car Dada Masilo sait raconter une histoire et chorégraphier des pas et des gestes. Le trio final sur la musique d'Arvo Pärt est magnifique".

 

Autre critique celle-ci tirée de SUD OUEST  de Sabine Menet & Christophe Loubes

 

"Un inattendu cygne noir

Dada Masilo a offert un feu d'artifices et fait péter les codes du classique. C'était une avant-première, nationale et le pari a été plus que tenu. Avec un danseur chroniqueur qui explique en préambule et en tutu comment fonctionne un ballet classique, immuable machine codifiée et quelque peu lassante selon la Sud-Africaine. Le ton est donné : impertinence et sourire. Hommes et femmes illustrent le propos en tutus blancs, frous-frous sur le crâne, et le ridicule ne suffit pas à les habiller. La musique classique non plus. Tchaïkovski s'écoute et se danse sur des airs d'Afrique. Le prince de Dada Masilo, qui campe le cygne blanc, ne l'aime pas. Forcément : il est tombé sous le charme d'un magnifique et masculin cygne noir ! C'est juste, drôle et prenant. Simplement réussi. Un seul bémol sur la narration en anglais."

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