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AUTOBIOGRAPHIE : Dans la peau d'un noir ...

Publié le par annepaingault

Récit autobiographique




Éditions Folio - 249 pages

en 1959 J.H. Griffin, homme blanc, à l'aide d'un médecin,
 a coloré sa peau pour devenir noir
puis est parti sur les routes
pour prendre conscience
et

se rendre compte de la réalité quotidienne du racisme au quotidien



 

Extrait :

Éteignant toutes les lumières, j'allai dans la salle de bains où je m'enfermai. Dans l'obscurité je restai planté devant le miroir, ma main sur le bouton de l'électricité. Je m'obligeai à la tourner.
Dans un flot de lumière reflété par le carrelage blanc, le visage et les épaules d'un inconnu - un Noir farouche, chauve, très foncé - me fixait avec intensité dans le miroir. Il ne me ressemblait en aucune façon. La transformation était complète et bouleversante. Je m'attendais à me trouver déguisé, ceci était tout autre chose. J'étais emprisonné dans le corps d'un parfait étranger, peu attirant et à qui je ne me sentais lié en rien. Tout ce qui pouvait subsistait du John Griffin antérieur était anéanti. Ma personnalité elle-même subissait une métamorphose tellement totale que j'en éprouvai une détresse profonde. Je regardai dans le miroir qui ne reflétait rien du passé de John Griffin, homme blanc. Non, cette image était un retour à l'Afrique, aux masures et au ghetto, aux luttes stériles contre l'anathème noir. Tout à coup, sans presque aucune préparation mentale, sans indications préalables, ce la m'apparut évident et m'imprégna entièrement. Ma tendance naturelle fut de lutter contre cela. J'avais été trop loin. Je savais maintenant qu'il ne peut être question d'un homme blanc déguisé lorsque le maquillage foncé ne peut être enlevé. L'homme teint est intégralement un Noir, qui qu'il ait pu être auparavant. J'étais un Noir de fraîche date qui devait franchir cette porte et vivre dans un univers qui m'était étranger".

*******

L'expérience s'est déroulée sur 3 mois. Une fois la décision prise, J.H. Griffin a quitté sa famille, puis à l'aide d'injection et de rayons uv a entamé la transformation. Quand sa peau eut atteint la coloration adéquat, il a tout laissé derrière lui pour comprendre la douleur de toute une partie de la population américaine.
Son périple a commencé à la Nouvelle-Orléans. Dès sa première sortie, John-Howard Griffin entre dans un nouveau monde : la plupart des cafés et restaurants lui sont fermés; il ne peut plus boire ou aller aux toilettes comme avant; il est obligé de parcourir des kilomètres pour simplement pouvoir acheter une bouteille d'eau; les trajets en transport en commun deviennent humiliants. En changeant de couleur de peau, il a disparu. Les hommes blancs ne le regardent plus : là où il avait droit avant à des sourires et des "bonjours", ne résonnent plus que des regards d'indifférence ou pire de menace.
Mais il veut aller au bout de son projet. Alors il prend un bus pour rejoindre le Misssipi, terre de la ségrégation. Et l'expérience se transforme en cauchemar. À la Nouvelle-Orléan, si la vie d'un noir est compliquée, elle devient insoutenable dans le berceau des Sudistes

John Howard Griffin va réaliser que l'on traite les noirs comme la pire engeance de la terre.
Quand au bout de six semaines, il décide de retourner parmi les siens, les difficultés, loin de s'estomper, vont aller croissantes. Les blancs ne lui pardonnent pas ce qu'ils prennent pour une trahison.

Ce récit est bouleversant. Il faut bien se souvenir à chaque ligne, que ce qui se déroule sous nos yeux n'est pas une fiction, mais bien le témoignage d'un homme qui a voulu vivre ce que subissait toute une partie de la population américaine à la fin des années 50.
En changeant de couleur de peau, John-Howard Griffin a fait ce qu'aucun autre homme avant lui n'avait tenté. Comprendre de l'intérieur.
 
L'auteur :

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John Howard Griffin (16 juin 1920 - 9 septembre 1980)

John Howard Griffin est un Américain né au Texas qui a un jour décidé que le système d’éducation des États-Unis ne répondait pas à son attente, parce que la part faite aux humanités lui semblait insuffisante, et trop faite pour la spécialisation. Il a donc choisi de poursuivre ses études en France, alors qu’il n’avait que 16 ans, et comme il ne parlait pas encore français, il s’y est mis. Puis, il a complété ses études de médecine, toujours en France, et s’est orienté ensuite vers la psychiatrie.

Détail intéressant : il s’est initié chez les Bénédictins de Solesmes à l’influence de la musique dans le traitement de la folie, et devint une autorité en matière de chant grégorien. La Seconde Guerre mondiale l’a surpris alors qu’il était attaché au service psychiatrique d’un petit hôpital de province en France. Au moment de l’exode, le directeur de ce service fut obligé de fuir les nazis parce qu’il était juif, c’est donc John Howard Griffin qui en assuma la relève pendant quelques mois. À cette époque, il était âgé de 26 ans.

Il appartiendra à un moment à un réseau de la résistance en France, puis il va rejoindre l’armée américaine dans le Pacifique pour revenir plus tard en Europe, quelques jours à peine avant la fin des hostilités. En pleine action, il est atteint par un éclat d'obus. Puisqu’il est médecin, il sait très bien à quoi s’en tenir : dans quelques mois à peine, il aura perdu la vue. En attendant, il s’intéresse à la photographie et la dernière photo qu’il a développée avant la cécité est celle de la cathédrale de Reims par temps pluvieux.

.Devenu aveugle, il rentre aux États-Unis et entreprend des études philosophiques. Il se marie et commence une carrière d’écrivain. Quelques années plus tard, il devient paralysé. Après quelques interventions chirurgicales, il surmonte sa paralysie et un peu plus tard, recouvre la vue

John Howard Griffin est l’auteur de plusieurs romans qui ont été traduits en plusieurs langues. Il est considéré comme l’un des plus grands écrivains américains de sa génération réputé pour son combat contre les discriminations raciales

 

 

 

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